L'environnement : Impact du projet sur le patrimoine naturel



Amputation de surfaces de nature et de campagne

    Ce sont quelques 2 % du territoire de l'entité d'Ham/sur/Heure - Nalinnes que le projet actuel de dédoublement nécessiterait (Amputation de 90 hectares de nature et campagne de l'entité d'Ham/sur/Heure - Nalinnes). Une bande de 75 mètres de large, en moyenne, sur une distance de 12 kilomètres, touchera en particulier les terres agricoles et les bois des entités de Charleroi (Mont/sur/Marchienne et Marcinelle), d'Ham/sur/Heure - Nalinnes (Jamioulx et Nalinnes) et de Walcourt (Gourdinne et Somzée).Les bois paieront un lourd tribut, puisque l'importance des travaux lors de leur traversée devrait représenter proportionnellement une perte de 4% de leur surface totale.


Destruction irréversible de zones essentielles du patrimoine naturel

    Si l'entité d'Ham/sur/Heure - Nalinnes compte environ 900 hectares de bois, nous n'en retrouvons que 225 hectares répertoriés comme zones de grand intérêt biologique, dont 45 hectares sont repris comme sites essentiels. Le bois traversé par le tracé, aux abords de la prison de Jamioulx compte parmi ces 225 hectares. Bien connu des naturalistes de la région, il présente une biodiversité de qualité qu'aucune tranchée, fut-elle couverte, ne pourrait préserver. Mais également, de nombreuses zones herbeuses, enclavées ou au voisinage immédiat de la zone boisée, seraient condamnées irrémédiablement par ce projet de tracé. Tout trajet empruntant les bois de Jamioulx anéantirait un des joyaux naturels, non seulement de l'entité, mais également du sud de la région de Charleroi. De nombreuses études ont été réalisées sur ce site, tantôt par des associations de bénévoles, tantôt par des bureaux d'étude, parfois mandatés par la Région Wallonne. Toutes vont dans un même sens : nous sommes en présence d'une flore tout à fait remarquable. Une de ces études réalisée en 1997 sur subside de la Région Wallonne, par l'UCL (Université Catholique de Louvain La Neuve) ne permet aucun doute à ce sujet.

    Mais au long du tracé, d'autres zones d'exception sont également menacées de disparition pure et simple, ou sont en grand péril si ce tracé devait voir le jour. C'est le cas du vivier Golet, près du domaine d'Anjou. Egalement répertorié comme zone essentielle par l'étude de l'UCL, cette zone isolée entre terres agricoles, pâtures et zone d'habitat, serait coupée en 2 et condamnée à la disparition.

    Bien que fort différents, ces milieux naturels, que compte traverser ce projet, ont un point en commun : tous abritent plusieurs sortes d'Orchidées, plantes symboliques d'une Nature dont nous pouvons être fiers, dont nous devons être des gestionnaires responsables.


Une deuxième barrière écologique

    La Nature est également dynamique : on parle d'un Réseau Ecologique et de couloirs écologiques. Plus un réseau (maillage) écologique est dense, plus les populations d'espèces sauvages sont saines. L'étude de l'UCL répertorie les couloirs écologiques (axes de liaison) qui, au travers de l'entité d'Ham/sur/Heure - Nalinnes, établissent le contact entre les zones de grand intérêt biologique, et assurent ainsi la densité du réseau écologique. L’étude recense également les barrières écologiques, infrastructures qui empêchent ou rendent difficiles ce contact, et donc le passage de certaines espèces sauvages : animales ou végétales !

    La seule barrière écologique de taille répertoriée en 1997 : l'actuelle N5 !!!  Il n'est sans doute pas nécessaire de décrire la catastrophe à laquelle on peut assimiler une deuxième N5 (ou E420) sur le réseau écologique. Non seulement, cette deuxième barrière écologique constituerait un frein indéniable au développement naturel de l'entité, mais de plus, ce tracé coupe déjà un des trois couloirs déjà existants : le massif forestier du nord de l'entité ! L'étude propose encore de favoriser le développement naturel de l' entité par la création de 3 nouveaux axes, dont deux sont bien entendu en plein sur le tracé.


Atteinte au patrimoine paysager

    Pour diverses raisons, qu'un promeneur même non averti comprend de suite, l'étude réalisée par l'UCL souligne la richesse de la région et de ses paysages. Ainsi, s'étendant entre Jamioulx et Nalinnes, le vallon offre une vue assez remarquable, constituée de bois, prés, ou vieux verger. Cette même étude souligne également que depuis quelques dizaines d'années, ce patrimoine paysager subit la pression des activités humaines. Le projet de tracé détruit plus encore le paysage là où il est le plus préservé. Dans ce vallon, il ne s'agirait pas seulement d'une tranchée, couverte ou non, mais bel et bien d'une nécessaire modification du relief. L'étude souligne déjà que la N5 apparaît comme une saignée qui déstabilise l'harmonie et la quiétude du paysage. Avec la E420, on imagine mal quels impératifs économiques peuvent décider de mettre à mal un patrimoine rare, que seule la vallée de l'Eau d'Heure et ses petits affluents offrent aux habitants de toute la région de Charleroi. II en va de même avec l'ouvrage proposé en guise "d'échangeur" pour isoler définitivement Nalinnes-Centre, de Nalinnes-Haies ou de Nalinnes-Bultia.


Mise en péril du réseau hydrographique

    Différents ruisseaux ou étangs sont concernés par le tracé. Parmi lesquels, le ruisseau du Cheneau et du Petria. On peut se demander par quel miracle, un ruisseau séparé de sa source par une tranchée de 8 mètres de profondeur peut continuer à "couler" des jours heureux. Il y a peut être des solutions techniques, mais les ruisseaux sont des couloirs écologiques de premier plan. Une modification de leur cours, débit ou tracé, aurait un impact immédiat sur l'amont et l'aval de leur écologie. Le ruisseau du Cheneau est d'ailleurs un des maillons essentiels du couloir écologique à créer, entre les bois de Warchissaux et l'extrémité Ouest du bois communal (voir ci dessus : couloirs et barrières écologiques). La question n'est pas seulement de savoir comment modifier l'écoulement de l' eau, mais encore de mesurer les conséquences d'une pareille modification.


Incidence des rejets polluants de la circulation

    Les utilisateurs de la E42 peuvent en témoigner. Certains jours, l'herbe est noire en bordure d'autoroute, principalement en hiver. Bien plus, lorsqu'elle est fauchée, elle est impropre au compostage car saturée d'hydrocarbures et autres polluants. Les terrains, consacrés à l'agriculture ou préserver en faveur de la nature, et qui jouxtent le tracé, sont en danger. Combien d'hectares faut il encore ajouter aux 90 que nous perdrions déjà ?


Disparition de nos sentiers et chemins agricoles

    La région a un caractère semi-rural et semi-résidentiel. Le cadre verdoyant au sein duquel elle se développe constitue un attrait indéniable pour tous les habitants de la région et pas seulement ceux des villages concernés. Ce cadre n'est pas seulement notre Patrimoine Naturel : il est  aussi un axe majeur de développement économique et touristique des communes.

    Plusieurs chemins et sentiers sont utilisés chaque week-end par des centaines d'amoureux de la Nature. Parmi ces sentiers et ces chemins agricoles, nombres d'entre eux sont condamnés par le nouveau tracé. On ne va certainement pas construire des petites passerelles au-dessus d'une éventuelle E420, d'autant plus que plus grand monde ne voudrait utiliser ces ersatz bucoliques. Mais ces sentiers et ces chemins agricoles, parfois rouverts ou entretenus à grands frais par le commune, sont également une chance pour la Nature. Dans une plaine agricole, ils offrent à la faune et la flore, des abords accueillants, propices à l'alimentation, la nidification, etc.


Conclusion des impacts sur le patrimoine naturel

    Quelle que soit la localisation d'un tel projet, il ne peut laisser intacte la nature. Durant ces dix dernières années, un discours nouveau a fait son apparition. Le patrimoine que nous pouvons léguer à nos enfants n' est pas seulement économique et financier. Il y a également un patrimoine commun qui est sans doute tout aussi précieux et qui s'inscrit dans une continuité qui dépasse de loin les générations que nous aurons à connaître : le patrimoine naturel. Parce qu'il est commun (qu'il appartient à tous et donc à personne), parce qu'il se développe dans une durée qui dépasse notre vie d'homme, il a souvent été considéré comme secondaire  " il y aura toujours des fleurs ". On parle beaucoup des accords de Kyoto, signe que les mentalités changent., mais il y a encore beaucoup de Georges W. Bush …

    L'impact du projet de E420 est catastrophique pour la Nature, en particulier pour l'entité d'Ham/sur/Heure - Nalinnes. Cet impact lance toutefois son onde de choc bien au delà des frontières de l'entité : parce que la nature est dynamique et parce que l'homme bouge. Une autoroute n'amène pas automatiquement un mieux économique, et certainement pas pour notre région. Mais elle modifiera les habitudes des riverains. La pression de l'homme, en terme de tourisme et d'habitat va augmenter sur les zones naturelles avoisinantes, et ce dans un grand périmètre.

    Cette dimension ne peut pas être minimisée.