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La conférence
de presse de l'asbl "Charleroi South Air Pur" du 31
janvier 2003
Comment programmer sciemment l'asphyxie de Charleroi
L'action programmée
aujourd'hui par l'ASBL veut attirer l'attention sur le fait que tout
raccordement de la E420 à la cité de l'enfance va irrémédiablement provoquer
l'asphyxie de CHARLEROI même et créer d'irréparable nuisances pour la
population de la ville entière et de ses habitants.
Après avoir tourné et retourné la
problématique dans tous les sens, il faut bien admettre que le choix de ce
point de jonction par le MET reste un mystère complet . Nous avons eu face à
nous, lors des réunions publiques, des interlocuteurs éminents du MET et les
explications reçues restent peu convaincantes quant à la raison de ce point de
jonction surtout de la part d'experts spécialisés et rompus aux problématiques
des voiries publiques et de la mobilité. Cet entêtement sur un point technique
aussi évident, ne manque pas de nuire sérieusement à leur crédibilité et à leur
image de marque.
Ci-après
un « best of » des enseignements de différentes sources quant à ce point de
jonction.
1) Plan de mobilité de Charleroi.
Nous
faisons ici référence au document intitulé " Plan de Mobilité de la Ville
de Charleroi - Rapport Final de la phase diagnostic - Projet N°3E7111AE - ISIS
+ Institut Wallon - Octobre 1999 ".
Reprenons
in extenso le paragraphe qui traite des problèmes de saturation sur la A54 et
la A503 en page 40/97 pour ne pas en
dénaturer le contexte :
"De par leur fonction de voiries structurantes ces axes (A54-A503) supportent
des trafics très élevés (jusqu'à 66000 EVP (1) par jour sur la A54) Ces voies ont
été largement dimensionnées à leur mise en service . Par conséquent elles
disposent encore en situation actuelle de réserves de capacité satisfaisantes
en section courante. Toutefois le tronçon de la A54 situé entre l'échangeur de
Lodelinsart> et le R9 est proche de la
saturation (situation 1999) (cf. figure ci-dessous extraite du document) :
- le trafic à l'heure de pointe du matin
dans le sens E42 -> Charleroi est de 3400 EVP (pour une capacité théorique
de 4000 EVP)
- le
trafic à l'heure de pointe du soir dans le sens Charleroi -> E42 est de 3700
EVP (pour une capacité théorique de 4000 EVP)
La
moindre perturbation (travaux, accident) durant les heures de pointe entraîne
instantanément la formation de remontées de file sur ce tronçon. Il devrait
être saturé vers 2002 dans le sens Charleroi -> E42 à l'heure de pointe du
soir et vers 2002 dans le sens inverse à l'heure de pointe du matin.

Figure
2-1 - Saturation prévisible du trafic sur la A54 qui quitte le petit ring - (in, Plan de Mobilité de Charleroi, 1999)
Le R9
très large, ne connaît pas de problèmes de saturation en section courante, mais
des problèmes de saturation peuvent se produire ponctuellement aux sorties sur
la A503 ou l'A54.
Sur
l'A503, la branche de l'échangeur avec le R9 (dans le sens A503 -> R9) est
un point de congestion permanent à l'heure de pointe du matin. Celle-ci ne
comprend qu'une bande de circulation et doit écouler des trafics de l'ordre de 2400 EVP à l'heure de pointe du matin
en jour de semaine. Ceci génère inévitablement d'importantes remontées de file
sur l'A503 ".
Un plan
des niveaux de trafic sur l'ensemble des tronçons présents dans la périphérie
de Charleroi est présenté dans le plan de mobilité de Charleroi et repris
ci-après :

Figure
2-2 - Carte des niveaux de trafic dans la périphérie de Charleroi (in, Plan de
Mobilité, 1999)
Ce plan
met clairement en évidence la prépondérance des flux nord-sud selon un axe
A503-R9-A54 et la localisation des tronçons qui sont le plus proches de la
saturation. Ce plan met clairement en évidence que le point de jonction de la
E420 dans son tracé ouest débouche sur un tronçon proche de la saturation et
non susceptible d'accepter le surcroît de trafic.
Ce plan
met aussi en évidence que la zone du R3 qui se situe à l'est de la jonction
N5-R3 est nettement moins encombrée (dans la région Châtelet) et pourrait quant
à elle absorber un certain surcroît de trafic sans induire les problèmes de
saturation, d'asphyxie et de trafic parasitaire qu'elle est de nature à induire
pour une jonction à la A503 (Cité de l'Enfance). De plus, il faut citer la
proximité directe de la plate forme multimodale dans cette zone.
2) Etude Creat pour le MET.
L'extrait
suivant provient de l'étude " Liaison autoroutière au sud de Chaleroi :
étude de Faisabilité technique, économique et environnementale : "
Deuxième Phase - Faisabilité comparative des alternatives de tracé - CREAT,
1996 ".
Les
commentaires suivant concernent une comparaison du tracé 2 (jonction ouest à la
A503), avec les tracés 7/8 (jonction est sur le R3 à Châtelet) :
"p.20 ... notons que les tracés 7 et 8 (jonction est) permettent de délester
d'avantage la N5 que le tracé 2 avec variante (jonction ouest). La RN5
garderait un rôle de distribution locale des trafics vers l'autoroute et la
périphérie sud ; pour le transit régional et international, la liaison serait
assurée par la nouvelle autoroute et la N5 perdrait son utilité pour ces
trafics ...
... il
ne faudait pas craindre de congestion sur cette bretelle (A503) mais bien au
raccordement avec le ring 9 situé à environ 2,5 km dans la direction du centre
de Charleroi. Le trafic y est ramené à une seule voie dans chaque sens ce quine
manquera pas de créer des congestions en cas d'afflux ... "
"
p.24 ... le problème de raccordement du tracé 2 (jonction ouest) au
périphérique R9 dans le centre de Chaleroi pourrait être aggravé si le trafic s'orientait
dans cette direction ... "
Le
CREAT lui même, mandaté par le MET exprime son intérêt quant à la séparation
des genres (trafic de distribution locale / transit régional et international)
et émet les plus nettes réserves quant au succès d'une jonction à l'ouest de la
future E420.
3) L'avis du MET en 1988.
L'extrait
suivant provient d'une lettre (2) du Ministère des Travaux Publics, Administration
des Routes, datant du 20 octobre 1988 portant référence
L50/N5/52011/2288/420.103 et adressée à l'Admininistration du Territoire et du
Logement (en annexe):
"
... l'autoroute " K " (3) (Chaleroi -Laneffe) prolongeant l'autoroute
A503 jusqu'à la nationale 5 à Somzée présente divers avantages tels que
dédoublement efficace de la N5 actuelle, répercussions éventuelles sur les PME
et industries dans cette région, desserte aisée des Barrages de l'Eau d'Heure.
Elle présente cependant les inconvénients de coûter très cher (2,5 milliards de
BEF au moins), de traverser des zones résidentielles et de déboucher sur une
section d'autoroute déjà construite reliant le ring et le périphérique de
Charleroi, liaison déjà saturée aux heures de pointe. Son tracé ne figure pas
actuellement au plan de secteur de Charleroi. La route " J " reliant
à l'est de la N5 actuelle, le lieu-dit " Ma Campagne " au
périphérique à la " Blanche Borne " résoudrait partiellement le
problème pour une dépense relativement modique (100 millions de BEF). Le permis
de bâtir a cependant été refusé jusqu'à présent, car susceptible de
"porter gravement préjudice à l'environnement naturel ... "
Analyse
" in tempore non suspecto " mais ô combien pertinente et encore
d'actualité ...
En conclusion
Faut-il donc en rajouter pour se rendre
compte que l'axe constitué par la A503 - le R9 - la A54 est un axe à problème,
qui en situation naturelle, càd sans projet E420 est au bord de l'asphyxie et
va être à la base de l'induction d'importants trafics parasites dans
l'agglomération carolorégienne ?
En d'autres termes, s'entêterà venir faire aboutir à cet endroit un
flux de trafic qui serait constitué du trafic actuel, augmenté chaque année
d'un flux de l'ordre de 3 à 4%, augmenté lui même de 13.000 véhicules par jour
(situation 2015 - elle même en croissance - estimation Stratec) dont 40% de
poids lourds serait un choix technique mais aussi politique irresponsable de la
part de nos gestionnaires publics. Ce
choix ne tient pas la route en matière de mobilité et des observateurs avisés
et impartiaux l'ont clamé avant nous ! ! !
A cet argument concernant la jonction
ouest, le MET oppose un affichage « intelligent » et des moyens de dissuasion
qui conduiraient, en théorie, les camionneurs à ne pas
s'engager sur le A503 mais à prendre des itinéraires périphériques
par le R3. Il s'agit à notre sens d'un non-sens pour les raisons suivantes :
- l'accès vers la
A503 doit en effet être maintenu pour une série de poids lourds qui n'auraient
pas d'autres accès pour certains quartiers de la métropole
- les moyens
annoncés par le MET ne sont que dissuasifs mais sont inorganisables de manière
contraignante (comment vérifier que tel poids lourds à toutes les raisons
d'emprunter cette voie et tel autre pas ?)
- les poids
lourds et véhicules en transit ne consentiront à emprunter les itinéraires
périphériques qu'une fois la saturation installée selon l'axe A503-R9-A54
On peut aisément imaginer les
conséquences d'un engorgement récurrent et permanent de cette zone en terme de
mobilité :
- problèmes de
sécurité liés à un mélange d'un flux important de poids lourds avec des
véhicules particuliers (trafic local vers l'agglomération + trafic de transit
- important
trafic parasitaire dans les quartiers de Couillet, Marcinelle et Charleroi lié
au fait que pas mal d'usagers utiliseront des voiries périphériques et
secondaires pour rejoindre le centre de Charleroi avec dégradation du cadre de
vie et problème de sécurité dans des zones déjà fort affectées aujourd'hui
- le soi disant
soulagement des problèmes de mobilité sur l'axe actuel de la N5 sera
parfaitement inopérant
En bref,
l'investissement prévu rejoignant à coup sûr et à court terme la longue liste
des « grands travaux inutiles » pour cause de déficit de mobilité. Sans parler de l'effet à attendre sur les
taux de rentabilité interne du projet ; les 15 à 25% annoncés par STRATEC pour
justifier un prêt à la BEI n'auront été qu'un calcul de bureau d'études aux
antipodes de la réalité. Il s'agit d'argent public et nous ne souhaitons pas
que nos mandataires l'utilisent à des fins aussi peu responsables et dignes
d'insuccès.
Charleroi, le 31 janvier 2003
Voir également les
photos de l' opération
escargot du 31 janvier 2003.
(1) EVP : Equivalent Véhicule Particulier. (2)
Référence L50/N5/52011/2288/420.103, auteur ir M.Caignie. (3)
La route K correspondait a peu près au tracé OUEST
du MET.
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